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Susan Pickford & Marianne Starlander

Traducthon

Susan Pickford & Marianne Starlander

Cécile Guiraud ; Hianau Siu

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Projet

Ce projet propose un dispositif intensif, un traducthon collaboratif, permettant aux étudiant-es de mettre en pratique les compétences techniques et transversales acquises dans le Master, autour d’un mandat réel de traduction. Cette activité favorise la collaboration entre unités et offre une immersion concrète dans les réalités professionnelles du métier.

Cours : Gestion de projets / Master
Depuis :2024
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Situation de départ

Plusieurs constats récurrents ont mené au développement du projet. D’une part, les cours portant sur les aspects techniques de la traduction, la gestion de projet ou les technologies associées sont souvent dispensés de manière cloisonnée, sans réelle opportunité d’application transversale. D’autre part, les étudiant-es expriment le besoin de mieux relier ces savoirs théoriques à des mises en situation réalistes, leur permettant d’en éprouver la pertinence et la complémentarité.

Par ailleurs, les échanges avec les alumni révèlent un décalage entre la formation reçue et les attentes des employeurs, notamment en ce qui concerne les compétences dites soft, comme la communication, la gestion du temps, le travail en équipe ou la résolution de problèmes. Ces dimensions sont pourtant devenues déterminantes dans les processus de recrutement, mais restent difficiles à travailler de manière formelle dans le cadre de cours de 90 minutes.

Dans ce contexte, le traducthon a été conçu comme un espace-temps dédié à l’expérimentation active de ces compétences. Il permet également de décloisonner les unités d’enseignement et de favoriser les interactions entre étudiant-es issu-es de différentes orientations du master, et de différentes langues de travail, en les réunissant autour d’un projet commun.

Mise en place et déroulement

Le traducthon se déroule sur un jour et demi, un vendredi après-midi suivi d’un samedi complet. Il mobilise une cinquantaine d’étudiant-es réparti-es en cinq équipes d’une dizaine de personnes. Chaque équipe se voit confier une mission de traduction issue d’un mandat réel, avec un corpus conséquent, d’environ une trentaine de pages, portant sur un thème à forte dimension sociétale — en l’occurrence, un document stratégique sur l’égalité de genre, initialement produit par une institution suisse.

Le vendredi est consacré à la mise en place du projet. Après une séance d’introduction expliquant le déroulement et les rôles possibles, les étudiant-es reçoivent leur affectation en fonction de trois préférences exprimées au préalable. Cinq rôles principaux sont définis au sein de chaque équipe : gestionnaire de projet, spécialiste des technologies, terminologue, traducteur/trice et réviseur/euses. Des sous-équipes intergroupes sont constituées pour les terminologues et les spécialistes des technologies, afin de faciliter les échanges méthodologiques. Une dernière équipe, transversale, est chargée de la communication : elle réalise des interviews, prend des photos, alimente les réseaux sociaux et documente l’expérience de l’intérieur.

Le samedi, les équipes entrent dans la phase opérationnelle. À partir du corpus initial et d’une feuille de route précise, elles doivent répartir le travail, établir un devis, préparer la traduction à l’aide d’une mémoire issue de la version précédente du texte, effectuer une extraction terminologique thématique et produire la traduction finale. L’ensemble du processus repose sur l’utilisation d’outils professionnels déjà abordés dans les cours (logiciels de TAO, bases de données terminologiques, systèmes d’analyse comparative, etc.). L’activité se conclut par une brève présentation orale de chaque équipe, centrée sur les problèmes rencontrés, les solutions mises en place et la dynamique de groupe, suivie d’un moment convivial et d’une remise de prix soulignant les compétences transversales observées : meilleure gestion du budget, esprit d’équipe, communication client, créativité ou encore gestion du stress.

L’évaluation repose sur la présence active des étudiant-es durant toute la durée du traducthon et sur leur implication dans la restitution orale. Aucun travail écrit n’est exigé, mais un questionnaire d’évaluation doit être rempli à l’issue de l’événement.

Retour et conseils

La première édition du traducthon a rencontré un vif succès, tant du point de vue des étudiant-es que des enseignant-es impliqué-es. L’activité a permis de renforcer la cohésion entre les étudiant-es du master, de décloisonner les enseignements, et de créer un espace d’apprentissage dynamique, où chacun-e a pu s’approprier les outils de la profession de manière concrète. L’un des aspects les plus appréciés a été l’ambiance collaborative et non hiérarchique : les étudiant-es ont pu constater que les enseignant-es étaient eux-mêmes dans une posture d’apprentissage, ce qui a renforcé l’engagement mutuel.

Plusieurs points de vigilance sont néanmoins à relever. Le temps de préparation en amont est conséquent : choix du mandat, adaptation du corpus, affectation des rôles, planification logistique (espaces de travail, encadrement, repas). Il est également important de bien encadrer les étudiant-es en amont, en proposant une séance d’information explicite, tout en laissant une marge d’initiative dans l’organisation interne de chaque équipe. Il pourrait également être bienvenu de prévoir des activités brise-glace en début de session.

Le découpage du texte à traduire doit être pensé avec soin, car il implique un travail de révision important a posteriori pour garantir la cohérence ; celle-ci est assurée par les enseignant-es.

Enfin, quelques ajustements pratiques méritent d’être pris en compte : éviter d’organiser l’événement sur un week-end complet si possible, prévoir suffisamment d’espaces de travail proches les uns des autres, et surtout, ne pas sous-estimer l’importance des moments de pause et de convivialité. Le repas du samedi midi, financé par la faculté, a largement contribué à la qualité des échanges et à la satisfaction générale.

Ce projet a suscité l’intérêt d’autres enseignant-es qui souhaiteraient y participer ou s’en inspirer pour d’autres formations. Il constitue une base solide pour penser des dispositifs similaires à plus long terme, à condition d’en maintenir l’esprit d’ouverture, de collaboration et de réalisme professionnel. La participation des enseignant-es dans des rôles d’accompagnement a également représenté un levier important pour faire évoluer les pratiques pédagogiques, dans une dynamique d’apprentissage partagée.

Avis des étudiant·es

« J’aime bien l’idée de nous donner l’opportunité de vivre une expérience qui s’approche de la réalité sur un week-end. Le repas était définitivement réussi et les goodies aussi. C’était bien de ne pas se retrouver qu’avec des gens de notre unité de langue pour une fois, mais de pouvoir connecter avec d’autres personnes que d’habitude. J’ai beaucoup apprécié l’équipe de com. Le samedi, j’ai eu du plaisir à faire ce que je devais faire. Je me suis trouvé un rôle plus défini au sein de l’équipe par rapport au vendredi. »

« Je n’ai pas vraiment l’impression que le rôle de gestionnaire de projets lors du Traducthon m’a réellement permis de faire d’autres choses que ce que j’avais déjà fait dans le cadre de l’autre projet du cours de Gestion de projets (redondance). Tout demeurait finalement assez “artificiel”: les données saisies dans LSP Expert ne seront forcément jamais réutilisées, le devis était “condamné” à être fantaisiste (difficile de connaître les prix du marché, entre autres), l’utilisation du portail était superflue (acteurs tous présents en même temps et courte durée de l’événement), etc. »

« Le mandat était réel, ce n’était pas juste une situation fictive et donc le travail était à prendre

très au serieux. La collaboration avec des étudiants de différentes unités, car normalement on est un peu chacun dans son groupe. Coup d’œil sur la réalité du monde de travail. Extrêmement enrichissant relativement au temps investi dans la tâche. »

« L’activité de traduction était plutôt une activité de post-editing, ce que j’ai trouvé moins stimulant par rapport à ce à quoi je m’attendais. La simplicité de la tâche a aussi fait que mon intervention ait duré seulement 30 minutes, ce qui est peu en comparaison avec les 10 heures de l’événement. »

« Expérience globalement très enrichissante, offrant de belles opportunités de réseautage et particulièrement formatrice pour des rôles tels que chef de projet ou terminologue. Elle permet également d’avoir un aperçu du type de contenu que nous serons amenés à traduire plus tard dans notre carrière. Les organisatrices ont toujours été disponibles et ont su nous encourager malgré notre manque d’expérience, avec beaucoup de patience et d’ouverture. »

Annexes