Aussi avec l’IA
L’innovation vise à révéler l’écart entre des productions d’IA apparemment cohérentes et un véritable apprentissage. Les étudiant-es analysent collectivement un diaporama généré par IA pour en critiquer les limites et proposer des améliorations. L’objectif est de développer leur esprit critique et d’ancrer les connaissances dans un processus réflexif.
L’arrivée des outils d’intelligence artificielle générative modifie le rapport des étudiant-es au savoir et aux productions académiques. Les contenus produits apparaissent souvent comme fluides, cohérents et immédiatement exploitables, mais ils sont détachés du processus d’apprentissage qui permet habituellement de construire les connaissances.
Le savoir peut alors être perçu comme un résultat final disponible rapidement, sans engagement dans un effort progressif ni transformation personnelle. Cette évolution interroge le lien entre production et acquisition des connaissances, notamment lorsque la qualité apparente d’un travail ne reflète plus les compétences réellement mobilisées.
L’innovation mise en place part de ce constat : il s’agit de rendre visibles les écarts entre une production générée par IA et un apprentissage construit dans le temps, en développant une approche critique, collective et située des contenus.
Le cours de 12 crédits porte sur l’interculturalité, abordée à partir de différentes approches disciplinaires (anthropologie, sociologie, histoire, philosophie). Les premières séances permettent de poser des repères sur des notions telles que la construction de l’altérité, les rapports de pouvoir, le racisme, la diversité, les migrations ou encore les questions identitaires.
Au milieu du semestre, une séance est consacrée à l’analyse critique d’une production générée par intelligence artificielle. L’enseignante produit un diaporama d’environ 25 à 30 diapositives à partir d’un prompt volontairement large sur une thématique du cours (« Crée un PowerPoint de 25 diapositives sur la diversité culturelle humaine »).
Ce document est distribué aux étudiant-es, réparti-es en petits groupes qui sont ensuite invité-es à réaliser une critique globale de ce document. L’analyse porte sur la pertinence des contenus, le niveau de généralisation, la présence éventuelle de stéréotypes et la qualité des exemples mobilisés. Les étudiant-es formulent ensuite des propositions de reformulation, d’approfondissement et d’illustration.
Le travail se déroule en présentiel, sans ordinateur, afin de favoriser les échanges oraux et la discussion collective. La séance s’organise en trois temps : présentation du diaporama, travail en groupe, puis restitution collective. Lors de cette dernière étape, les propositions des étudiant-es sont discutées et certaines diapositives sont retravaillées en direct, ce qui permet de rendre visibles les logiques de transformation des contenus.
L’évaluation repose sur un travail de recherche individuel mené sur l’ensemble de l’année. Les étudiant-es choisissent un sujet en lien avec l’interculturalité, en l’inscrivant dans une problématique qui fait sens pour eux. Le sujet doit être justifié et articulé à une réflexion personnelle et académique. Le rapport final compte environ 15 pages (bibliographie comprise). Le processus est accompagné par une présentation intermédiaire en cours de semestre, sous forme de travail en cours, permettant de partager l’état d’avancement du projet et de bénéficier de retours des pairs et de l’enseignante. Un entretien individuel complète l’ensemble.
L’usage de l’intelligence artificielle est autorisé de manière encadrée, notamment pour certaines tâches ponctuelles comme la traduction, à condition que les étudiant-es documentent les outils utilisés et explicitent leur démarche.
La mise en œuvre de ce type d’activité nécessite un effectif limité afin de garantir la qualité des interactions et la participation active des étudiant-es. Le moment choisi dans le semestre est également déterminant : une fois les bases théoriques posées, mais avant l’achèvement du travail de recherche.
Il est important de présenter la démarche comme ne visant pas à autre chose qu’à accompagner le temps d’une séance une réflexion sur l’intérêt d’adopter une posture critique face aux propositions de l’IA. Cet exercice de lecture critique des productions générées par IA, afin d’éviter une simple fascination pour l’outil. Le choix du présentiel et de l’absence d’écrans favorise une dynamique d’échange et de confrontation des points de vue.
Enfin, le fait de soumettre ces productions au regard des pairs contribue à renforcer la capacité des étudiant-es à identifier les limites des contenus standardisés et à développer une posture critique vis-à-vis des outils génératifs.
Cet·te enseignant·e accepte que des collègues observent son cours. En savoir plus →