Même type d’innovation
Afin d’aborder un contenu encore controversé dans la littérature, l’enseignante a choisi de proposer son cours sous le format d’un world café invitant des expert-es défendant des points de vue divergents sur le sujet.
Dans ce cours, l’enseignante aborde la thématique des micro polluants. Parmi ceux-ci, il y en a toujours un qui est émergent dans le développement des connaissances et l’intérêt des étudiant-es. Alors qu’il y a deux ans l’enseignante avait exploré le sujet des nanoparticules manufacturées, elle aborde désormais la thématique des microplastiques. Celle-ci est caractérisé par une grande complexité et une multi dimensionnalité.
Afin de traiter un sujet aussi brûlant et controversé, il était nécessaire de sortir des formats d’enseignements traditionnels afin de prendre en compte le lien entre la science, la politique et l’éducation. L’enseignante a alors pris le parti de proposer un cours sous format d’un atelier world café permettant d’inviter des expert-es de différents secteurs défendant des points de vue divergents sur le sujet.
Cet atelier prend place au sein d’un cours fondamental que l’enseignante partage avec 3 collègues. Sa partie est dispensée en un cours bloc de 10h réparties sur 2 semaines au mois de décembre. Le world café est organisé lors de la première de ces 2 semaines.
Afin de préparer la séance du world café, l’enseignante va le présenter lors du premier cours dispensé en novembre par son collègue qui débute l’enseignement. Pendant une quinzaine de minutes, elle propose les premières bases théoriques du cours qu’elle va dispenser ainsi que le concept du world café. Elle présente les expert-es invité-es et les sous-thèmes qui seront abordés. Elle indique l’existence d’un espace Moodle mettant à disposition les lectures obligatoires et facultatives pour préparer les 4 sous-thèmes de l’atelier. Ces lectures sont mises à disposition par l’enseignante mais également par les différent-es expert-es invité-es. Plusieurs questions à discuter lors de l’atelier sont proposées, les étudiant-es sont encouragé-es à en préparer quelques autres. Ils ont également pour mission de former des groupes de 9 à 10 personnes maximum en fonction du sous-thème choisi; groupe à envoyer par mail à l’enseignante la semaine suivante. Les groupes d’étudiant-es fonctionnant de façon plus efficace lorsque des rôles sont assignés à chacun-e des membres, il est suggéré aux étudiant-es de choisir un rôle parmi plusieurs : facilitateur, enregistreur, rapporteur, chronométreur, harmonisateur, priorisateur (voir descriptifs détaillés en annexe).
Le jour du world café, l’enseignante débute par une petite introduction théorique (voir annexe) avant que les 4 groupes d’étudiant-es ne s’attablent avec l’un-e des expert-es invité-es. Chacun-e des expert-es est issu d’un secteur différent (organisation internationale, université/ONG, gouvernement, secteur privé) permettant ainsi aux étudiant-es d’aborder leurs questions avec différents points de vue. Pendant 20 minutes, le groupe échange avec l’expert puis une cloche retentit pour l’informer qu’il est temps de faire un bilan de la discussion en 5 minutes afin de préparer la courte présentation finale qu’ils/elles devront proposer à la fin du world café. Lorsque la cloche retentit pour la seconde fois, chaque expert-e se dirige vers la table suivante afin d’entamer la discussion avec un autre groupe. Les 4 groupes ont donc la possibilité d’échanger avec chaque expert-es invité-es représentant différentes parties prenantes et d’ainsi mettre en lien les différentes perspectives sur chaque sujet. Le fait que le world café prenne place lors de la première des deux semaines de cours donne l’occasion à l’enseignante de proposer un rapide debriefing de celui-ci lors des séances de la seconde semaine de cours.
L’examen du cours est composé de 4 parties, chacune abordant le contenu enseigné par chacun des 4 enseignant-es. C’est un examen écrit pour lequel les étudiant-es doivent par exemple décrire des processus ou reproduire des schémas. Le contenu abordé lors du world café ne se prêtant pas à ce type d’exercice, l’enseignante a décidé de ne pas l’inclure dans l’examen. La participation au world café est cependant valorisée en comptant pour 30% de la note de la partie de l’enseignante.
L’enseignante a observé que cet atelier a permis de faire évoluer les premières idées préconçues des étudiant-es au sujet des microplastiques. La possibilité d’être confronté-es à des acteurs et actrices du terrains défendant des solutions différentes leur a permis d’envisager des perspectives différentes et de comprendre que les solutions émergentes ne sont pas forcément toujours les meilleures.
Elle note que pour un cours sous ce format, une organisation préalable est incontournable tant au niveau de la préparation des étudiant-es que des expert-es. En effet, il est important d’offrir le matériel nécessaire aux étudiant-es bien en amont de l’atelier, au moins un mois à l’avance. Il faut également s’assurer d’offrir les supports nécessaires pour que chacun-e des étudiant-es ait un niveau de connaissance équivalent à la fin de l’atelier (dans ce master, les étudiant-es sont issues de beaucoup d’horizons différents).
Concernant les expert-es, l’enseignante met l’accent sur le fait qu’il est important d’inclure des parties prenantes différentes et variées. Il est également essentiel, après un premier contact, de planifier une ou plusieurs séances d’organisation pour clarifier ce qu’il est attendu de leur part (une présentation ou non, proposer des documents ou non). Pour ce cours en particulier, l’équipe du Service des Relations Internationales et des Partenariats facilite, si nécessaire, le premier contact avec les parties prenantes des organisations internationales et des ONG de Genève internationale. L’enseignante rapporte que le retour des expert-es est toujours très positif : ils/elles se montrent non seulement enthousiastes à participer à la prochaine édition du world café mais également intéressé-es à proposer des stages aux étudiant-es du master.
Afin d’être épaulée, lors de la première édition de son world café, l’enseignante a pris contact avec le pôle SEA (soutien à l’enseignement et l’apprentissage). Elle note que les conseils reçus ont été bénéfiques et ont permis d’appliquer certains changements en fonction des retours des étudiant-es. Elle recommande cette prise de contact pour la mise en place mais également l’amélioration et le changement de méthodes d’enseignement novatrices.
Entre autres retour, les étudiant-es ont fait part du fait que l’atelier leur semblait trop court pour pouvoir approfondir suffisamment les échanges. De même, les 5 minutes de bilan à la fin des discussions ne suffisent pas toujours à préparer la présentation finale. L’enseignante conseille, si cela est envisageable, de prévoir un atelier de 4 heures plutôt que 3. Du fait du nombre important d’étudiant-es, elle envisagerait également la présence d’un 5ème expert-e afin d’augmenter le nombre de groupe (ce qui implique cependant le besoin d’un plus grand espace et d’une plus grande amplitude horaire). Afin de tester ce format avec un public moins nombreux, l’enseignante envisage de proposer ce format de world café à ses étudiant-es de Bachelor (une vingtaine d’étudiant-es).
Les étudiant-es ont également noté qu’il aurait été intéressant qu’un moment d’échange entre les différent-es expert-es soit prévu lors de l’atelier afin que ceux-ci puissent débattre de leurs différents points de vue.
« Avoir la possibilité de discuter avec des acteurs de la problématique, qui ont une connaissance pointue sur les sujets abordés. Cela permet de poser toutes ses questions de manière ouverte, et d’entendre parfois des points de vue différents pour une même question. »
[ce que j’ai le plus apprécié dans le Workhop : ] « Les différents positionnement des intervenants, leur background et les questions spécifiques de nos thèmes qui ne créaient pas de redondance dans ce contexte. »
« J’ai vraiment apprécié de pouvoir m’entretenir avec des professionnels du secteur. Ce que j’ai préféré, c’est d’entendre parler de leur travail et de leurs centres d’intérêt. »
« Grâce aux différentes perspectives et connaissances des intervenants, j’ai pu mieux appréhender la problématique des microplastiques qui s’est avéré très complexe. Ainsi, j’ai compris que pour traiter se problème plusieurs secteurs et experts doivent être mobilisé et il faut pouvoir considérer plusieurs échelles d’investigations. »
[ce que j’ai moins apprécié dans le Workshop :] « Le manque d’interaction entre les acteurs ; dans les moments où nous avons eu des réponses différentes (et parfois conflictuelles) sur une même question, il aurait été intéressant que les experts confrontent leurs points de vus et échangent face aux étudiants. Par exemple, lors d’une séance de discussion où un professeur pose une question aux experts et où chacun d’entre eux peut exposer son point de vue et réagir sur celui des autres. »