Même type d’innovation
Dans ce projet mené en autonomie, les étudiant-es rédigent des fiches de maladies rares pour une base de données, en assumant des rôles spécifiques, s'auto-évaluant et s'évaluant mutuellement.
Orphanet (www.orpha.net) représente la base de connaissances internationale des maladies rares et médicaments orphelins. Elle est destinée aux professionnel-les de la santé, aux patient-es et à leur famille. Dans le cours « Création de fiches Orphanet », les étudiant-es de 3ème année de Bachelor de sciences biomédicales participent à l’implémentation de cette base de données en rédigeant des fiches descriptives pour les nouvelles maladies rares répertoriées.
Les étudiant-es effectuent une revue de la littérature exhaustive au sujet d’une maladie rare pour composer une nouvelle fiche décrivant l’épidémiologie et l’étiologie de la maladie, les méthodes diagnostiques, le tableau clinique, le pronostic et la prise en charge des patient-es souffrant de cette maladie. Chaque fiche produite est d’abord validée par un-e médecin expert-e avant sa publication en ligne sur le site Orphanet.
Le travail s’effectue sur une année entière, par groupe de 5 étudiant-es (une maladie par groupe). Au sein d’un groupe, chaque membre assure un rôle prédéfini qu’il/elle a choisi en fonction d’un cahier des charges spécifique : coordinateur/trice, secrétaire, éditeur/trice, responsable communication, et œil constructif (voire description détaillée des rôles en annexe).
Plusieurs étapes rythment le projet sur l’année. Un cours d’introduction sensibilise les étudiant-es à la problématique des maladies rares et introduit des notions de gestion de projet. Lors d’un premier atelier, le tuteur ou la tutrice aide son groupe à réaliser un brainstorming sur les premières lectures effectuées et à établir un plan d’action. Les étudiant-es sont invité-es, à partir de ce stade, à utiliser l’outil de gestion des tâches Trello. A la fin du 1er semestre, un atelier de feedback permet aux tuteurs/trices d’évaluer l’avancement du projet de leur groupe respectif. Avec leur groupe, ils/elles identifient des pistes d’amélioration individuelle et de groupe pour l’avancement du projet et le bon fonctionnement du groupe. En fin de projet, un deuxième atelier de feedback permet de revenir sur les points forts et d’évaluer la progression de chaque membre et du groupe dans son ensemble. Pour préparer ces deux ateliers de feedback, les étudiant‑es doivent, en amont des ateliers, remplir une auto-évaluation et fournir un feedback constructif aux membres de leur groupe et à leur tuteur/trice. Ces questionnaires comprennent l’évaluation de la qualité du travail de rédaction personnel et de groupe et du respect des cahiers des charges de chacun-e. Ils demandent d’identifier les points forts de chacun-e et les difficultés rencontrées, et invitent à décrire un plan d’amélioration concret pour la suite. En-dehors de ces ateliers obligatoires, les étudiant-es gèrent par eux/elles-mêmes le nombre de réunions de groupe qu’ils/elles souhaitent organiser en fonction de l’avancement de leur travail et sollicitent leur tuteur/trice en fonction de leurs besoins.
L’apprentissage des étudiant-es est évalué par contrôle continu : les tuteurs/trices évaluent la capacité des étudiant-es à respecter un cahier des charges, à s’auto-évaluer et à fournir des feedbacks constructifs. Cette méthode d’évaluation des compétences par auto-évaluation et évaluation par les pairs permet de développer chez les étudiant-es une démarche réflexive et constructive dans un travail en équipe. La qualité de la recherche systématique de littérature et de la rédaction de chaque fiche est également évaluée par les tuteurs/trices. La note attribuée pour la gestion du projet est une note personnelle, celle attribuée à la rédaction de la fiche Orphanet est une note de groupe.
L’apprentissage par projet favorise l’autonomie, permet aux étudiant-es de développer des compétences transversales en gestion de projet en groupe, de développer leur réflexivité, et aussi d’apprendre à gérer la frustration face à l’incertitude sur l’avancement d’un projet. L’objectif principal est l’acquisition de compétences multiples et transférables. Cet enseignement responsabilise les étudiant-es et leur permet de se construire en tant que futur-e professionnel-les.
Le rôle du tuteur ou de la tutrice est de l’ordre du compagnonnage cognitif : il/elle n’est ni détenteur/trice des savoirs, ni gestionnaire des apprentissages. Il/elle aide les étudiant-es à réfléchir des stratégies de progression. Cette relation entre étudiant-es et enseignant-es favorise l’autonomie des étudiant-es.
L’apprentissage socio-constructiviste proposé ici pousse les étudiant-es à échanger leurs connaissances, à mettre en commun leurs compétences et à travailler dans des conditions très proches de celles qu’ils/elles vont rencontrer dans leur vie professionnelle (gestion d’un projet et d’un cahier des charges spécifique au poste). C’est que qui rend cet apprentissage authentique.
La finalité du projet, participer à l’information publique par l’implémentation de la base de données Orphanet lui offre une valeur extra-académique qui donne du sens aux étudiant-es et favorise leur investissement.
Les enseignantes soulignent que cet enseignement peut facilement être transférable dans d’autres secteurs que celui des sciences biomédicales : l’apprentissage par projet peut être mis en place quels que soient le contexte et la production finale, pour autant que le domaine soit assez vaste (ex. création de fiches psychopédagogiques, créations de pages de blog, implémentation de data bases en sciences sociales, etc.). Les enseignantes relèvent que pour adapter cet enseignement à d’autres secteurs, les points suivants devraient être respectés : i) les étudiant-es doivent être formé-es à recevoir et à construire un feedback constructif, ii) le projet doit avoir une portée extra-académique (ex. publication) pour donner du sens à l’apprentissage et responsabiliser les étudiant-es, iii) pour un projet de rédaction et de synthèse de littérature, les étudiant-es doivent avoir des bases en termes de lecture critique, compréhension des textes, identification des éléments clefs et capacité de synthèse, iv) l’implication des tuteurs/trices lors des ateliers de mi- et fin de projet est fondamentale pour faire la synthèse des auto-évaluations et feedbacks, relever les points peu clairs et recadrer si nécessaire le feedback ; le tutorat garantit un processus ajusté et constructif.
« Le travail à apporter est conséquent mais très instructif. J’ai l’impression que c’est un investissement : la fiche Orphanet nous sert de prétexte pour travailler nos propres compétences et les améliorer. J’ai beaucoup appris à combler mes lacunes (rendre mes commentaires complets et le plus clairs possible). C’est pas encore parfait, mais j’y travaille en continu. De plus, avoir un travail collaboratif sur une année entière est une première pour moi, et je suis ravie d’avoir eu une bonne expérience au sein de mon groupe. Cela a changé mon point de vue sur les longs projets collaboratifs dans le monde professionnel. Jusqu’à présent je pensais que c’était surtout pas pour moi, mais maintenant, j’ai compris que les forces combinées de chacun permettent une belle synergie. » « C’est un projet exigeant mais qui développe une grande quantité de compétences transversales. » « Bon cours avec une méthodologie de cahier des charges qui facilite le travail en groupe. Les évaluations de mi-parcours pourraient être plus tôt pour s’améliorer sur la fiche longue » « Cours très enrichissant. Il m’a donné l’impression de faire quelque chose d’utile et non pas juste un exercice. » « Cours très intéressant permettant de nous spécialiser dans un domaine précis. La quantité de travail entre les différentes parties est très marquée, un meilleur équilibre au niveau de la répartition serait le bienvenu. Le concept de rôle a créé des tensions, je pense que chacun d’entre nous est capable de s’auto-gérer et de se distribuer les tâches au sein du groupe. »