Même type d’innovation
Le projet consiste en une reconstitution historique des conditions de travail en atelier de traduction au début du XIXe siècle. Les étudiant-es traduisent un texte à la plume d’oie, à l’aide d’un dictionnaire d’époque et à la lueur de bougies LED.
Le point de départ de ce projet repose sur un constat de décalage entre l’enseignement initialement dispensé, hérité d’un collègue parti à la retraite, et les orientations de recherche de l’enseignante. Ce constat a conduit à la création d’un séminaire articulé autour d’une double ambition : approfondir l’approche historique des pratiques de traduction et expérimenter la mise en situation matérielle et contextuelle.
L’ambition de l’enseignante est d’introduire une approche socio-historique de la traduction, en lien avec les recherches sur la profession et la productivité. Il s’agit de montrer que les pratiques de traduction sont situées dans des contextes techniques, sociaux et économiques qui évoluent dans le temps, tout en présentant des continuités et des constantes qui représentent autant de fondamentaux du métier.
Le séminaire explore en particulier les conditions de travail des traducteurs au début du XIXe siècle, au moment de l’essor de l’imprimerie et de la diffusion d’un lectorat de masse. L’objectif est de sensibiliser les étudiant-es à l’évolution du métier et aux effets des technologies sur la production de textes.
Le séminaire se déroule sur deux heures et combine apports théoriques et mise en situation.
Dans une première partie, les étudiant-es travaillent sur le cas d’un traducteur du XIXe siècle, Auguste-Jean-Baptiste Defauconpret, présenté comme un cas de forte productivité. À partir de son parcours et du nombre très élevé d’ouvrages qui lui sont attribués, les étudiant-es sont amené-es à questionner la réalité de cette productivité et à réfléchir aux liens entre attribution, rythme de travail et profession aujourd’hui.
Dans une deuxième partie, les conditions de travail de l’époque sont reconstituées. Les étudiant-es traduisent un texte avec des outils anciens ou simulés : dictionnaire du XVIIIe siècle, plume et encre, papier spécifique et éclairage à la bougie (LED, sécurité oblige). Le but est de se rapprocher des contraintes matérielles de l’époque et de comprendre leur impact sur le travail de traduction.
Une variante de cette expérimentation introduit également l’usage comparatif de technologies d’écriture, notamment la machine à écrire, afin de mettre en évidence les effets des outils sur le geste d’écriture, la vitesse, la précision et la charge cognitive. Cette comparaison permet de questionner la manière dont les technologies influencent les pratiques professionnelles et les rythmes de production.
Ce type d’approche ouvre des perspectives de développement pédagogique autour de la simulation historique et de la réflexion critique. Le projet est facile à mettre en place, avec quelques achats simples en amont (plume, encre, dictionnaire ancien).
Les retours des étudiant-es sont très positifs. Les principales difficultés qu’ils/elles expérimentent concernent la prise en main de la plume, la qualité du papier (papier artisanal qui gratte, boit l’encre et bave) et la lenteur du travail. L’impossibilité de corriger facilement les erreurs est aussi marquante. Ces contraintes les immergent concrètement dans les conditions de travail anciennes et les poussent à réfléchir au rôle des technologies dans la traduction.
Une extension possible consisterait à projeter les étudiant-es dans des scénarios futurs afin de prolonger cette réflexion sur les liens entre technique, temporalité et pratique professionnelle.
Cet·te enseignant·e accepte que des collègues observent son cours. En savoir plus →